ETOFFES IMPRIMEES AU XIXe SIECLE

 

La Machine et le rouleau

L’avènement de la chimie textile

En moins d’une génération, de 1815 à 1835, l’impression sur étoffes, à l’image de l’ensemble de l’industrie textile, se modifie radicalement. Production, diffusion, division du travail s’organisent autour d’un nouvel acteur : la machine. Ingénieurs et capitaux sont désormais les clés de la réussite. La recherche de nouvelles technologies, l’accroissement des investissements, le recours à de puissantes sources d’énergie entraînent progressivement l’indiennage dans l’ère des révolutions industrielles.

Au cours du XIXe xiècle, la chimie des colorants révolutionne l’impression textile tout aussi radicalement que l’avènement de la machine. Produits et processus, mieux compris, s’améliorent et se diversifient. La chimie devient une science et ses applications se multiplient à partir des années 1860. La mise au point des premiers colorants de synthèse donne le départ d’une prodigieuse période de recherches et d’innovations qui se prolonge jusqu’au XXe siècle et consacre le rôle primordial de la chimie dans l’industrie de l’impression. En 1856, le chimiste anglais Perkin découvre le premier colorant de synthèse : la mauvéine; en 1902, près de 700 colorants synthétiques sont déjà disponibles.

Etoffe d’ameublement, Alsace, 1878, Impression au rouleau sur coton

Tissu d’ameublement, Alsace, Mulhouse, manufacture Thierry-Mieg & Cie, vers 1860, impression à la planche sur lasting laine

Etoffe d’ameublement, impression à la planche sur coton, Mulhouse, France, 1869

Maquette originale  pour l’Impression sur coton, atelier Thierry Mieg, Alsace, vers 1880

Echantillon avec oiseaux, coraux, coquillages et flore, manufacture Thierry-Mieg & Cie, Mulhouse, 1862, toile de coton imprimée à la planche  dite “cretonne »

Châle cachemire, impression à la planche sur laine, Thierry Mieg, Alsace, vers 1870

Cachemires imprimés au XIXe siècle

Région du Nord de l’Inde, toison d’hiver d’une chèvre des montagnes, étoffes tissées avec cette fibre textile d’une douceur incomparable, tant en Inde qu’en Europe, le cachemire désigne également un décor particulier. Cette iconographie, issue des créations des tisseurs indiens, organise des éléments formels peu nombreux et constants autour d’un motif de palme particulier. Dès le début du XIXe siècle, l’Alsace et l’Angleterre impriment des motifs cachemires, essentiellement des carrés de coton. Le genre cachemire prend bientôt de l’ampleur, et la maîtrise de l’impression sur laine donne naissance à  des formes qui s’allongent et s’enchevêtrent en de riches sinuosités. Les robes à leur tour accueillent les chaudes couleurs des palmettes ondulantes; la fin du siècle enfin, ouvre au cachemire les décors d’ameublement.

L’importance quantitative et qualitative des productions de cachemire offre un exemple somptueux qui montre comment l’impression textile s’approprie un ensemble de formes issues des techniques du tissage. Donner l’aspect de la plus grande richesse à une bourgeoisie moins fortunée ou moins dépensière est une clé de la réussite. L’impression, c’est aussi le luxe au prix de la contrefaçon, le privilège à la portée de l’épargne.