
"Rêve de Cachemire,
cachemires de rêve "
Le
châle cachemire imprimé, un joyau textile alsacien
En
collaboration avec Christian Lacroix
Exposition du 13
novembre 2009 au 16 octobre 2010
Le châle cachemire a
régné pendant tout le 19ème siècle sur la mode
européenne. Dès la fin du 18ème siècle les femmes de la
haute société française en faisaient usage en vêtement ou en décoration. On le voit jeté sur une chaise,
parfois porté par
des femmes à la pointe de la mode, telle Mme de Torcy,
magnifiquement peinte par David en 1790.
Si en Europe le châle cachemire est un accessoire purement féminin,
en Inde, son pays d’origine, il est réservé aux hommes, qui le
portent en ceinture ou en turban. Tissé au cachemire dès le 15ème
siècle, à partir du duvet d’une chèvre vivant dans les hauteurs du
Tibet, il est le plus souvent rectangulaire. Son décor est
constitué d’un centre uni terminé au deux bouts par des bordures,
ornées d’une palme appelée Boteh. L’origine de ce motif est obscure
et les explications nombreuses. Certains y voient une larme de
Boudha, une pomme de pin, une goutte. Pour d’autres il serait une
interprétation stylisée de l’œillet ou du moins aurait un lien avec
le monde floral, puisqu’en Persan Boteh signifie Bouquet de fleurs.

Le
succès du châle cachemire en France commence avec la campagne d’Egypte
de 1798. Les officiers de Bonaparte le rapportent dans leur bagage.
Il sera dès ce moment et pendant plus de 70 ans un élément
indispensable de la garde robe féminine ainsi qu’un symbole fort
d’appartenance et de réussite sociale.
La mode du châle en Europe aura
des répercussions, non seulement sur la production locale
indienne, qui devra répondre à la demande en modifiant les
modes de fabrication et le style des dessins, mais aussi sur
l’industrie textile européenne qui tentera d’imiter ce genre
pour répondre à une demande grandissante. Il est difficile
d’appréhender l’ampleur de cet engouement pour le cachemire,
mais il est bon de rappeler que les formes développées sur les
châles vont jusqu’à influencer l’art des jardins sous le
second empire. La forme en S inspirée de la variation du Boteh
sera utilisée par des paysagistes renommés pour l’aménagement
de parcs parisiens tel celui de Montsouris par exemple.

Des centres de fabrication de
châles se développent ainsi en Angleterre, en Autriche, en
France et en Russie. Si l’imitation du châle des Indes se fait
surtout par le tissage, on trouve également une production de
châles imprimés sur laine. Il convient de préciser que le
terme cachemire s’applique au support utilisé pour le tissage
mais aussi au motif et au genre. En fait les châles imprimés
utilisent rarement le support cachemire mais des étoffes en
laine, en laine et coton ou laine et soie.

Pendant longtemps les châles imprimés étaient considérés comme des
productions mineures, destinées à une classe modeste.
Il faut
aujourd’hui nuancer cette affirmation. Tout d’abord l’on constate
que les grands centres de fabrication de châles tissés tel que
Paris, Lyon, Nîmes en France, Vienne en Autriche, Norwich et Paisley
en Angleterre, Moscou en Russie, produisent également des châles
imprimés.

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